Okorodus

Godfrey William Okorodus, né à Lagos (Nigéria) le 27 janvier 1970.

Etudes artistiques à l'Université de Benin (Nigéria).

Après avoir travailler un an comme " cartoonist " pour un des plus importants journaux du Nigéria (The Guardian Newspaper), Okorodus ressent fortement sa vocation d'artiste et opte pour la profession de peintre à part entière. Un travail acharné suivi d'une bonne production lui permet d'envisager de nombreuses expositions et c'est ainsi que ses œuvres seront montrées dans différents pays tels le Nigéria, la France, la Belgique, la Grande Bretagne, l'Allemagne et les Etats-Unis. Résidant à Anvers depuis 2002 il y installe son atelier et ses œuvres sont montrées en permanence à la Galerie Laba Laba.

Vernissage-cocktail, le mardi 10 octobre 2006 de 18h à 21h.

 

C'est à partir du balcon de la vie que le peintre nigérian Godfrey William Okorodus contemple ou imagine son environnement et coule en de petites peintures assemblées en collage ses réflexions sur notre société et son comportement. Il voit ou il se projette des images de villages qu'il comprime en des structures verticales serrées et multicolores qui s'élancent dans des cieux d'un bleu, d'un jaune, d'un rouge chatoyants; il met des rues en perspectives fuyantes et pourvoit les façades bariolées des maisons d'inscriptions ludiques ('cette maison n'est pas à vendre'); il crée des cités imaginaires avec des habitations en forme de fusées lunaires montées sur pilotis ou des tours coiffées de petits chapeaux chinois; il fait des collages avec des couvercles de boites en carton, des bouts de miroir, des morceaux de verre, des feuilles d'aluminium ou des masques de poupées maquillés de papillons ; il élabore sous la forme d'une maquette d'architecture urbaine toute une petite place publique avec boutiques et promeneurs. Bref, il s'approprie par l'observation le milieu dans lequel il a vécu ou il crée une sorte de pêle-mêle de carrés de carton portant des inscriptions, des slogans ou des proverbes qui reflètent sa pensée et ses opinions sur la condition matérielle, politique et morale du monde actuel et les absurdités regrettables dont il est affligé.

Mais Okorodus ne se veut pas contestataire agressif: il coule ses souhaits de justice et de paix non pas dans une expression d'amertume, de regret ou d'indignation mais dans les deux qualités majeures de son état d'artiste. Il recherche d'une part l'harmonie exubérante des couleurs et l'équilibre de la composition et, d'autre part, une approche humoristique qui conjugue le bon sens avec une perception aiguë de la relativité de toute chose. Il y mêle une pointe de candeur et la capacité de résister aux chocs des civilisations et des cultures.

Bien qu'habitant 'notre bonne ville d'Anvers' Okorodus a pris soin d'emporter dans ses bagages les ingrédients qu e l'équateur a distillés en lui: la gourmandise des couleurs franches, la volupté de la lumière du soleil, le plaisir de l'incessante contemplation du spectacle de la vie, le foisonnement de l'imagination - et l'amour de tous ses prochains qu'il considère comme des proches. Sa peinture déborde de jubilation, la spontanéité se mue en exaltation et son indifférence à l'égard des règles de la composition académique est totale. Son instinct de peintre fait partie intégrante de sa nature, tout comme le sens du rythme et de la danse semble être un élément constitutif de l'âme des peuples africains. D'où ce sentiment de fraîcheur estivale qui émane de ses toiles qui ont toutes des allures de carnaval.

Les œuvres de Okorodus ne peuvent être jugées à l'aune européenne historique, bien qu'il lui arrive de découper le Jardin des Délices de Jérôme Bosch pour animer les fenêtres du puzzle d'un grand bâtiment… Mais elles contiennent une charge de familiarité immédiate, d'affinité instinctive qui donnerait à penser que si les civilisations pouvaient s'enrichir mutuellement dans l'appréciation réciproque de leur diversité, elles contribueraient grandement au rapprochement paisible des peuples que nous souhaitons tous - et à la découverte de plaisirs inattendus et réjouissants.

The Nigerian painter Godfrey William Okorodus enjoys watching or imagining his environment from the balcony of life. His roaming eye records all kinds of visions which he infuses with pictorial reflections about our society and its behaviour. He perceives and he projects onto his canvases the picture of villages which he compresses in dense vertical and variegated structures that soar into flaming blue, yellow or red skies; his street perspectives are arrows shot into the infinity of space and the fronts of dilapidated cabins bear ludicrous inscriptions 'this house is not for sale'…He creates 'imaginary cities' whose houses look like moontrip rockets standing on their launching pads, or square towers bearing pyramid-shaped roofs. He makes collages with the covers of cardboard boxes, fragments of mirrors, glass shards and aluminium foils or plastic doll masks adorned with butterflies. He assembles, in the shape of an architectural city model, a complete market square with shops and strollers. He takes possession of all the elements of his environment in which he lives or used to live and, painted on small cardboard squares, he composes a patchwork of illustrated slogans, proverbs or aphorisms that are the expression of his thoughts and opinions about the material, political and moral condition of the present world and the regrettable absurdities it is afflicted with.

Okorodus does not aim at being an aggressive revolutionary; he expresses his longing for justice and peace not through bitterness, regret or resignation but in concordance with the major qualities of his status as an artist and of his talent. On the one hand, he is deeply concerned by the exuberant harmony of his colours and the equally harmonious balance he wants to achieve in his compositions; on the other hand he develops a humoristic approach which mixes commonsensical views with a sharp perception of the relativity of all our thoughts and actions. He suffuses all these ingredients with a certain degree of candour and a strong resilience to the clashes between the different civilisations and cultures.

Although he now lives in 'our fair city' of Antwerp, Okorodus has taken the trouble to include in his baggage the qualities the equatorial sun has distilled into his personal make-up: his fixation on bright colours, his inebriation with light, the deep pleasure he derives from the incessant contemplation of the spectacle offered by life, the exuberance of his imagination and his love for all his fellow-men whom he considers as his brethren. His painting is filled with jubilation; his spontaneity turns into exaltation and his indifference towards the rules established by the academies is complete. The instinct to paint is as much part of his nature as is the feeling of rhythm and the urge to dance that seem to be the basic element of the soul of the African peoples. This explains the impression of a summery freshness that emanates from his canvases that all radiate with the atmosphere of a mardi-gras celebration.

Okorodus's paintings cannot be judged according to historical European standards, although he clearly enjoys cutting up the famous Bosch painting 'the Garden of Delights' to fill all the windows of a puzzle-like building. They all contain a load of immediate familiarity, an appeal to an instinctive affinity which could induce us to consider that if the world's and history's civilisations succeeded in enriching each other through a reciprocal appreciation of their diversity, they would greatly contribute towards the peaceful universal reconciliation we all long for - and to the discovery of unexpected and exhilarating joys.


Wim Toebosch (A.I.C.A.)